Le collège Clermont met en place un dispositif pour les élèves sourds
Dans le cadre du pôle d'accompagnement à la scolarisation des enfants sourds mis en place à Pau par le rectorat, le collège Clermont accueille depuis la rentrée cinq élèves déficients auditifs.
« Une première dans l'académie » souligne l'inspecteur Daniel Duval qui accueillait hier le recteur Jean-Louis Nembrini venu visiter cette classe de 6e.
Elle fait suite à celle ouverte à l'école Pierre-et-Marie-Curie où 21 enfants sourds sont actuellement scolarisés. Le rectorat prévoit ainsi d'ores et déjà « par souci de continuité » de poursuivre la démarche au lycée. En attendant, au collège Clermont, tout a été mis en place pour faciliter l'intégration de ces cinq élèves particuliers. Une « médiatrice » accompagne ainsi l'enseignante. « Il s'agit d'une enseignante spécialisée qui interprète en langue des signes. Elle permet de faire l'interface mais elle peut aussi prendre les élèves à part pour du soutien » explique Daniel Duval.
Une « inclusion » qui s'est faite « sans problème » assure Pierre Guenais, principal adjoint. « Pour nous c'est une richesse. Cela fait progresser tout le monde » indique-t-il. Et ces élèves « ne sont jamais seuls » ajoute le responsable. A l'interclasse, ils sont accompagnés par Jérémie Heitz, qui prépare un Capes en langue des signes. « Je veille à ce que la communication se fasse avec les autres élèves. Ils comprennent souvent mieux, en lisant sur les lèvres par exemple, que les entendants ne les comprennent » explique l'auxiliaire de vie scolaire.
Publié le 9 novembre 2011 à 08h43
Mis à jour à 13h28
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Fais-moi un signe
À Muron, des mères apprennent à communiquer avec leur bébé avant qu'il parle
«Je suis un bébé qui aime communiquer. Avant de parler, je veux pouvoir signer. » La chansonnette fait un peu figure d'hymne enfantin dans la petite pièce de la Maison médicale de Muron. Sabrina Mamoun y est entourée de quatre jeunes mères avec leur bébé. Assises par terre en tailleur sur un grand tapis, elles chantonnent et apprennent à « signer », c'est-à-dire à utiliser quelques mots simples de la langue des signes. « C'est un outil, ce n'est pas une méthode. Et je ne leur enseigne pas la langue des signes. Nous ne construisons pas de phrases. Juste quelques mots essentiels pour communiquer avec le bébé », raconte Sabrina, psychologue de formation qui a créé le réseau Maman Ô Naturel (1) pour la Charente-Maritime.
Côme, Maxime et Isis ont 5 mois et sont installés sur les genoux de leur mère. Teddy a 13 mois et court partout. Bientôt, il parlera. « Nous en sommes à notre deuxième séance seulement. Il y a tout à apprendre. L'atelier idéal dure six mois. »
Le signe stimule l'éveil
Le temps d'accompagner l'enfant jusqu'au langage. Car s'il ne parle pas plus tôt, c'est parce qu'il ne maîtrise pas encore les muscles de sa bouche. Mais son désir de communiquer est beaucoup plus précoce que sa parole. En accompagnant les mots de gestes simples qui les évoquent, sa mère l'aide à comprendre et à s'exprimer dès les premiers mois. « En fait, c'est comme si le bébé associait le geste à une image », poursuit Sabrina qui propose ses interventions auprès des parents, des professionnels de la petite enfance et aux diverses associations de la Charente-Maritime dans l'atelier de son bureau de Muron équipé spécialement pour ça. Mais la jeune femme n'exclut pas d'intervenir dans d'autres lieux, à la demande ou même à domicile. Elle en est à ses débuts et l'expérience est, jusqu'alors, unique en Charente-Maritime.
« Stress, manque de temps, beaucoup de jeunes mères ont des problèmes de communication avec leur enfant. "Signer" permet d'être attentif à son bébé, de surveiller ses réactions aux gestes. Donc de communiquer. » Le signe stimule l'éveil de l'enfant.
Bien sûr, les premiers échanges correspondent aux préoccupations essentielles du bébé. Ainsi donc, les signes évoquent le pipi, le caca, la couche, le manger, le boire, le coucher, etc.
On n'en est pas encore à l'œuvre intégrale de Dostoïevski. « Et il ne faut pas oublier d'accompagner certains signes d'expressions du visage. On peut exprimer la sensation de froid, le contentement. »
Spécialiste du maternage et de la parentalité, Sabrina dispose d'un répertoire de contines adapté à son très jeune public. L'indémodable « Ainsi font, font, font les petites marionnettes », qui représente bien souvent le premier échange de signes avec sa progéniture, y figure en bonne place.
(1) Sur Internet : sabrina.mamoun@signe avecmoi.com ou http ://mamanonaturel . kazeo.com
Mercredi 9 novembre 2011 à 06h00
Par THOMAS BROSSET
L’association “ Tous En’Signes ” propose deux fois par mois Les Bébés signes. Un outil de communication pour les parents et leurs petits de 9 à 18 mois.
Élie, du haut de ses 21 mois, est ravi à l’idée d’aller prendre un bain. Il frotte ses deux poings contre son buste tout en prononçant le mot. Dans leur maison de Saint-Eloi, sa maman Élodie Bonneau sourit. Fadilha Robin, aussi. Les deux amies animent depuis un an un atelier intitulé Bébés signes, l’une des quatre activités de l’association « Tous En’Signes » (lire l’encadré). Fadilha Robin est sourde ainsi que son mari. Ils sont parents de trois fillettes entendantes, âgées de 8 mois, 2 ans et demi et 6 ans. Élodie Bonneau a deux enfants. Infirmière de formation, elle a appris la langue des signes française au centre de formation de Poitiers. Elle a été en outre formée par le réseau « Signes avec moi » inspiré d’une pratique de longue date aux États-Unis. Les deux jeunes femmes sont en congé parental et interviennent bénévolement.
Une ouverture
à la culture
des personnes sourdes
Des histoires, comptines, chansons, jeux émaillent la demi-heure de rencontre dans le local de Naître et Grandir à Beaulieu. « A 9 mois, l’enfant montre du doigt, bouge ses mains pour faire les marionnettes, dire au revoir, remercier ; il capte tout ce qui est visuel », remarquent-elles Cette période de prélangage est propice pour améliorer la communication avec lui à l’aide de signes. Chaque mois, en compagnie des papas, des mamans, des bébés, de leurs frères et sœurs un thème de la vie quotidienne est abordé : la famille et les animaux, le bain, les vêtements, la nourriture, les jeux et sorties, les émotions. « Nous n’omettons pas le langage, nous parlons avec les enfants mais nous appuyons les mots importants avec les signes », précise Élodie. Élie a ainsi su lui manifester son envie de gâteau (en frappant sa main repliée contre sa joue) de préférence à une compote. Et bien d’autres demandes.
Ces ateliers qui permettent « de créer un lien plus fort au niveau de la communication » présentent un autre intérêt : l’ouverture à la culture sourde. « Sourds et entendants ont une éducation spécifique. C’est intéressant de partager, d’échanger », commente, ravie, Fadilha.
Marie-Catherine Bernard la Nouvelle République
http://www.maville.com
Apprendre la langue des signes à Bruay, pour 10 E par an
TESTÉ POUR VOUS |
Flashback. Vous vous souvenez de votre tout premier cours d'anglais ? Celui où on apprend à dire « bonjour », « merci », les lettres de l'alphabet, quelques chiffres et où on se dit... qu'on n'y arrivera jamais. Et bien ce fut la même chose lors du tout premier atelier d'initiation à la langue des signes. La bonne humeur en plus.
Mercredi. 18 heures. Il fait déjà nuit noire. Dans la rue de Denain, seule la salle de quartier Loubet rayonne, invitant à entrer. C'est ici que se déroule le premier atelier d'initiation à la langue des signes - française car chaque pays a sa langue propre - proposée par l'association de Labuissière « Léa, fais-moi signe ». « Bonjour, je suis journaliste. » Regard interrogatif de mon interlocutrice. Je fais semblant d'écrire dans les airs et de prendre une photo. Sourire entendu. Coup d'oeil vers les chaises. Le groupe est exclusivement féminin. La jeune femme blonde se présente : « Stéphanie. Malentendante, je peux entendre avec un appareil. » Elle nous apprend que généralement chaque sourd et muet a un surnom en signes, évitant ainsi d'avoir à écrire toutes les lettres du prénom. Stéphanie fait un geste pour montrer ses cheveux, Thérèse, participante à l'atelier et ancienne militaire, fait le salut militaire. Explicite.
« Comment fait-on pour appeler un sourd ? » interroge Stéphanie. Réaction unanime et spontanée : toutes tapent des mains.
Sourire de l'animatrice : « Ça ne sert à rien. Cela doit être visuel. » En clair, bouger les mains comme dans la comptine « ainsi font, font, font les petites marionnettes », éteindre la lumière ou taper du poing sur une table ce qui entraîne des vibrations et même... envoyer un objet à la personne. Véridique !
Comme d'autres personnes de l'atelier, j'ai toujours eu envie d'essayer d'apprendre cette langue. Mais vu le prix des cours (et sans doute de la difficulté), j'ai rebroussé chemin. Internet ? Pour être sûr de son geste, ce n'est pas l'idéal. Alors un atelier d'initiation de 20 cours pour seulement 10 euros (cotisation pour l'association) par an, c'est cadeau ! Ce premier cours a d'ailleurs attiré des profils très différents : de la personne qui a déjà du « vocabulaire » à celle novice, en passant par des femmes comme Christel ayant déjà reçu une formation en signes grâce à son travail aux impôts pour pouvoir accueillir le public sourd et muet. Mais « c'est bien un atelier d'initiation », précisent Cathy et Nathalie, de l'association.
Pas facile de retranscrire en mots cette langue où les images prennent plus de sens que les mots. Il faut être patient, n'a cessé de répéter Stéphanie aux pressées. « Il y aura des petits contrôles pour voir si vous avez bien compris. » Aïe. Dans la salle, on chuchote en soupirant : « Comme à l'école », « Moi j'ai pas beaucoup de mémoire... » Mais très vite, c'est oublié pour s'efforcer de comprendre comment on traduit chaque lettre de l'alphabet, signe qui diffère parfois de peu. Quelle gymnastique des doigts ! Suivant la position de la main, le signe « H » peut dire « je t'aime » ou être le signe des rockeurs ! Certains sont plus faciles à se souvenir puisqu'étant utilisés par les entendants sans le savoir : le « V » de victoire ou encore le geste du « Z » de Zorro. On ressort riche de cette rencontre, sur le plan culturel et humain. Et ce n'est pas Christina, participante très enthousiaste, qui dira le contraire : « J'ai envie de partager et pour moi, les signes c'est l'échange, le partage. » « Il reste trois minutes » lâche Stéphanie. Déjà ? L'heure est passée si vite. J'esquisse un signe de « merci » et réfléchis pour dire... au revoir. J'ai oublié. Je souris. L'avantage du sourire, c'est qu'il fonctionne dans toutes les langues. •
Ateliers les mercredis de 18 h à 19 h, salle de quartier Loubet à Bruay.
Tour du propriétaire du nouvel hôtel de ville
Montpellier
services La nouvelle mairie ouvre ses portes lundi prochain à Port-Marianne
J-8 avant l'ouverture de l'hôtel de ville de Port-Marianne. 20 minutes dresse un tour d'horizon des nouveautés pour les Montpelliérains.
Les horaires. Demande de passeport, inscription sur liste électorale ou déclaration de naissances... Vos formalités seront traitées de 10 à 19h le jeudi, pour s'adapter à ceux qui ne peuvent se déplacer qu'en soirée. La plage horaire est inchangée le lundi, mardi, mercredi et vendredi (8h30 à 17h30).
L'accueil. Le très vaste hall d'accueil disposera de deux guichets de renseignement au lieu d'un actuellement. Il est équipé d'un salon d'attente, et de trois écrans diffusant en continu les infos pratiques de la ville. Un dispositif « Web sourds » permettra aux malentendants d'être mis en relation avec un interprète en langue des signes via Internet.
Les réceptions. Associatifs, chercheurs ou conférenciers ont désormais une salle des rencontres qui leur est complètement dédiée. Une atmosphère disco (feu d'artifice peint au plafond, rideau de strass au mur) pour cet espace pouvant recevoir 2 000 convives.
La citoyenneté. Le premier conseil municipal a lieu le 19 décembre. Le public pourra y assister du haut d'un balcon de 83 places et voir cette salle conçue en amphithéâtre pour 102 élus, bien que la ville n'en compte actuellement que 60.
L'aide. Si un visiteur se perd dans les 27 000 m2 du bâtiment, il peut, quelque soit l'étage, contacter l'accueil pour se faire guider jusqu'au bureau où il a rendez-vous, via un écran et un micro en sortie d'ascenseurs.
caroline rossignol
Publié le 7 novembre 2011.
http://www.20minutes.fr/
Une soirée sous le signe de l'olympisme, du sport adapté et du handisport
OMNISPORTS - ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'OMS |
Chaque année, et le « détail » vaut d'être souligné, Jean-Joseph Tusa, l'adjoint aux sports, apporte à l'assemblée générale de l'Office municipal des sports dont il est le président, une petite touche personnelle.
PAR DIDIER PARSY
On le sait ainsi très sensible au sport adapté et au handisport. « Le choix que nous avons fait il y a cinq ans porte ses fruits.
Tourcoing est maintenant devenue Ville Handisport. Ce titre, ce label, n'est pas un aboutissement, mais une reconnaissance. » Il remercia ainsi les clubs, au nombre de huit, qui n'ont pas hésité à aménager leurs installations et former leur encadrement, avec le soutien municipal, pour accueillir ceux dont la vie a parfois singulièrement changé.
L'Amicale Jean-Jaurès tennis de table, Sports Aventure, Tourcoing Handball, la Confrérie Saint-Sébastien, le CTAM, l'UST athlétisme, les ENT-LM et, depuis peu, le TLM, ont... adapté leur discipline pour ne laisser personne sur le bord de la route ou seul dans les gradins.
Les progrès en nombre d'adhérents sont singuliers. « Si les clubs de sport adapté de la région ont tous vu leur nombre d'adhérents baisser, seule Tourcoing a subi une augmentation de 21 %. » L'adjoint aux sports embraya ensuite sur une prochaine année qui sera olympique... et paralympique. L'occasion pour lui de mettre l'accent sur de possibles qualifiés paralympiques pour Londres 2012, avec de potentielles chances de médailles. Il cita Sébastien Blondel (natation), Christophe Fouconnier (tennis de table), ou encore Jérémy Vanneste (athlétisme), mais n'en oublia pas pour autant le sport « valide », avec la perspective de belles réjouissances londoniennes.
Tourcoing et les JO sont d'ailleurs étroitement liés, ce que ne manqua pas de souligner M. Tusa en invitant la nombreuse assistance à visionner un séduisant montage, oeuvre de Robert Delmotte et de la commission Animation présidée par Michel Huyghebaert.
Ce fut l'occasion de revoir de glorieux épisodes sportifs, avec les médailles olympiques de Didier Flament, Robert Korzéniowski ou Anna Gomis, sans pour autant oublier les Brisfer, Capet, Agueh, Martins, Louami, Dubois, Debacker, Boubryemm ou Touré.
Tout cela pour dire que la flamme tourquennoise n'est guère éteinte. L'OMS, vendredi soir, a montré qu'il brûlait encore ! •
dimanche 06.11.2011, 05:30 - La Voix du Nord
http://www.lavoixdunord.fr
BETHUNE
Sandrine Basset, un guide sourd qui met le Louvre sur la bonne voie
Pour la suivre cet après-midi de la chapelle Saint-Pry au Lab-Labanque, il faudra comprendre sa langue. Sandrine Basset est guide sourd. Elle signe.
PAR CHARLES-OLIVIER BOURGEOT
bethune@info-artois.fr L'interview qu'on sollicite, Sandrine Basset ne la fera pas seule. On ne parle pas le même language. Elle signe et n'entend pas. On entend mais ne signe pas. Nous voilà donc face à Sandrine, jeune Lilloise de 32 ans, souriante et pleine de vie, et son interprète du jour Fanny Maugard, intervenante artistique à Signes de sens, sans qui ces lignes n'auraient jamais été écrites. Cette interprète qui ne sera pas là ce jour pour la visite des expositions du Louvre à la chapelle Saint-Pry et au Lab-Labanque. Cette fois, le rapport à l'interlocuteur sera direct. Comprenez que Sandrine est guide sourd, qu'elle s'adresse directement à des malentendants, ou tout du moins à des visiteurs s'exprimant dans la langue des signes française (LSF). La seule condition indispensable pour suivre la jeune femme. « C'est important ce contact direct dans le sens où je m'adapte plus facilement au public, explique-t-elle. Je peux faire plus attention puisque je suis directement en contact avec lui. Avec un interprète, c'est plus compliqué. » Il convient de fait pour le guide d'être un vrai spécialiste de la chose culturelle. Un puits de savoirs qui signe. Sandrine l'est. Elle qui a étudié l'histoire de l'art à St-Luc, qui a reçu une formation sur les deux expositions. Elle, tellement habituée à guider sur des expositions contemporaines, constate : « C'est très différent. Là, le Louvre, c'est dans la chapelle, on parle des Trois Grâces. » De cette formation sur une journée découlent trois semaines de recherches sur les oeuvres, les artistes. Pour que le guide devienne incollable.
Ce qu'elle s'efforce à faire depuis la fin de ses études. D'autant que « ç'aurait été dommage de changer pour faire un autre travail ». L'opportunité s'ouvre avec Signes de sens dont elle est salariée. Elle profite aussi d'une évolution positive. « Au début, Signes des sens demandait des visites pour sourds aux musées. Maintenant, c'est l'inverse. Les musées prennent enfin en compte l'accessibilité. Mais ça n'est pas fini.
Il faut encore se battre. » L'arrivée du Louvre à Lens est forcément une autre « bonne nouvelle ». Elle y organise déjà des visites dans la Maison du projet. L'accessibilité pour les sourds serait-elle sur la bonne voie ? Il faut peut-être y voir un signe.
Publié le dimanche 06 novembre 2011 à 06h00
http://www.nordeclair.fr
Les Sourds chez Orphée.
Avec trois spectacles à l'affiche, le festival Orphée 2011 fait la part belle aux artistes sourds et à la LSF pour des oeuvres alliant théâtre, chanson et conte musical, interprétées par des sourds et des entendants. Présentation.
Anthony Guyon et Metroworld.
Sourd de naissance, Anthony Guyon l'affirme : "Ma langue maternelle est clairement la langue des signes, je la considère comme une vraie langue à part entière, comme les autres qui utilisent leur langue, soit parlée, soit signée." Né de parents, sourds, ses deux frères sont également sourds. S'il a suivi une scolarité en école spécialisée pour les enfants sourds, à Lyon, Bourg-en-Bresse et enfin Chambéry, il en est sorti insatisfait, la plupart des professeurs ne connaissaient pas sa langue et la culture sourde : "J'ai quand même eu quelques enseignants qui savaient pas mal la langue des signes. Mais je n'ai jamais eu de cours pour l'approfondir, connaître la grammaire, la structure, la linguistique." Il voulait devenir acteur, admirant les films américains d'Hollywood, mais les professeurs lui ont souvent répondu : "Non, ce n'est pas possible parce que tu es sourd, il vaut mieux que tu changes ton rêve." ...Et il s'est retrouvé comptable, sans l'avoir choisi !
Le temps que la rencontre d'une femme sourde l'amène à enseigner la langue des signes à des entendants, à Lyon : "Je m'y suis vite intéressé, parce que je voulais travailler dans le 'monde des sourds' afin de ne pas sentir l'isolement, la discrimination. Je savais par mes parents et leurs amis que les sourds sont souvent discriminés dans le monde du travail. Dans cette période, j'ai amélioré mon niveau de français écrit parce que j'ai enfin pu comprendre, grâce à la comparaison entre la langue des signes et le français écrit. Pour les Sourds, il faut d'abord apprendre la LSF et ensuite le français écrit, parce que la LSF est leur première langue."
Enseignant depuis 1999, dans des centres de formation et également à l'Université de Lyon II et à Paris, il a abordé le conte avec la compagnie Main Tatouée, de Patricia Mazoyer : "Avec elle, j'ai appris au niveau artistique, j'ai découvert un métier passionnant ! Mais j'ai eu envie d'aller plus loin. On a présenté plus de 15 spectacles de contes dans toute la France, je ne peux oublier cette compagnie qui m'a offert la clé pour que je puisse enfin entrer dans le monde artistique dont j'ai rêvé depuis mon enfance. Merci à elle !"
Et depuis cinq ans il se consacre entièrement au métier de comédien et conteur, travaillant avec la compagnie In Time, les Trois Huit, La Main Tatouée, etc. "J'ai joué pas mal de spectacles bilingues (langue des signes et français oral) tels que Sensitive Room, Ligne blanche. J'ai également participé à plusieurs festivals dont Clin d'Oeil en 2007. Là, j'ai vite compris que j'avais besoin de travailler davantage avec les comédiens sourds, afin d'approfondir les techniques visuelles (personnages, expression de la langue des signes...). Ce festival m'a apporté un nouveau regard sur la communauté sourde et le monde artistique, et j'ai pu également rencontrer de grands comédiens sourds d'Europe."
Anthony Guyon a créé sa compagnie, On Off, quelques mois après, et travaille régulièrement avec le Nouveau Théâtre du 8e (Lyon) : "En 2010, j'ai rencontré Rita Mazza lors d'une formation au Danemark, j'ai passé une année avec elle, nous avons beaucoup échangé, elle possède aussi sa compagnie Davanti Theater, à Berlin, avec Seyed Ali Mahbaz. Après cette formation, nous avons décidé de créer ensemble Metroworld, avec l'aide du NTH8." C'est à cette rencontre de trois voyageurs immobilisés par la panne d'un métro futuriste reliant New-York à Tokyo qu'Anthony Guyon convie les spectateurs du Festival Orphée :
"Je suis très heureux de jouer dans ce festival, parce qu'avec mon équipe, nous voulons présenter la qualité de notre travail. Pas montrer qu'on est sourd, simplement qu'on est comédiens. Souvent le public dit 'bravo, les sourds sont des personnes handicapées, alors bravo de faire du théâtre'. Non, non ! Nous on est simplement comédiens, comme des comédiens entendants. On ne montre rien par rapport à la surdité dans cette pièce. Ce qu'on aimerait donner aussi aux entendants, c'est une ouverture d'esprit, ils sont souvent concentrés sur leurs oreilles, et là on leur propose de se concentrer sur leurs yeux !"
Chante avec Bachir.
C'est une gageure que relèvent Colombe et Bachir avec Eaux Vives et Terres Nues : proposer un récital de chansons connues ou à découvrir, interprétées chacun avec ses moyens, l'une chantant, l'autre restituant musiques et textes en signes et poésie gestuelle. On pourrait penser à deux interprétations simultanées d'une même chanson, mais ce que proposent Colombe et Bachir va au-delà, dans une recherche de symbiose qui dépasse la simple complémentarité, où l'un ne va pas sans l'autre. "J'ai rencontré Colombe à IVT, explique Bachir Saïfi. Elle avait l'idée de créer des chansons en langue des signes, j'étais un peu dubitatif, elle a insisté, m'a dit que ça allait me plaire. Dans la culture sourde, on n'a pas tellement de curiosité pour la chanson, mais j'ai découvert là beaucoup de choses très agréables."
Dans cette période, IVT préparait puis présentait le spectacle "Inouï Music-Hall", chansigne interprété par des comédiens sourds avec la musique des chansons, mais sans leur interprétation vocale. C'est une autre voie qu'ont suivi Colombe et Bachir, en réunissant dans un récital tous publics musique, chant, signe et geste, l'ensemble dans une mise en scène élaborée. "J'ai trouvé que le module d'une chanson, qui est une histoire qui se raconte en peu de temps, était intéressant en langue des signes, explique Colombe. En m'intéressant au public, j'ai constaté qu'un public n'avait quasiment jamais accès à la chanson : le public sourd. Produire un récital bilingue m'est apparu important à défendre, parce que cela n'existait pas."
"Les textes, notamment ceux des chansons de Claude Nougaro, sont très difficiles, reprend Bachir. Il faut travailler non pas en traduction mais en adaptation, pas sur le son mais trouver des équivalences, comprendre ce qu'il veut dire, quelle poésie il met, et trouver des images, dans une certaine liberté, tout en restant fidèle à la chanson. Avec Colombe, on a travaillé avec plusieurs interprètes en langue des signes pour mêler nos points de vue sur le sens et la beauté de la langue des signes, trouver un croisement entre deux langues et deux cultures." Si Eaux Vives et Terres Nues a déjà été représenté une quinzaine de fois, ce sera la première dans un festival consacré au théâtre professionnel pratiqué par des personnes handicapées, une "étiquette" que refusent de nombreux sourds militants de la culture sourde : "Qu'est ça veut dire, handicap ? Qui est handicapé ? Je préfère dire que je suis différent, une différence de communication, de langue. Je vois plein de gens qui sont soi-disant normaux, et que je trouve assez handicapés ! Parce qu'ils ne sont pas ouverts, capable de communiquer. C'est vrai que c'est un peu spécial, le monde du handicap, un regard particulier qui est porté sur les gens. Non pas un regard de spectateurs sur des artistes, mais de personnes valides sur des personnes handicapées."
Merci à Fabien Lafond (SILS) pour l'interprétariat de cet entretien.
La Sourdine et le Chant de Coton.
La compagnie La Sourdine va proposer un conte musical pout tous publics à partir de cinq ans, le Chant de Coton, avec interprète en LSF : une enfant sourde rejetée par sa mère rencontre une fée qui lui donne la parole, qu'adviendra-t-il de sa relation avec sa maman ? "L'idée nous est venue parce que mon père est sourd profond et ma maman malentendante, explique Nathalie Roche, directrice de la compagnie La Sourdine. Des entendants qui nous voyaient signer disaient souvent 'ah! c'est génial, où est-ce que je peux apprendre ?'. On a décidé d'écrire un spectacle pour les entendants, pour montrer comment parler à un Sourd, comment il peut entendre la musique, en touchant d'abord les enfants pour qu'eux expliquent à leurs parents. Quand on sort du spectacle, on voit que les enfants ont retenu les signes, ils nous impressionnent ! La lange des signes est très ludique et les fascine." Le Chant de Coton fait activement participer le public au déroulé de l'histoire, un aspect pédagogique important de ce conte musical.
Entendante pratiquant la langue des signes "paternelle", Nathalie Roche joue avec d'autres comédiens chanteurs entendants, associant à l'écriture du spectacle Caryn Trinca : "Il fallait que dans l'oeuvre l'une des deux 'adolescentes' pratique la langue des signes pour la transmettre aux autres. Nathalie Roche joue ce rôle dans la pièce et dans la vie de tous les jours." Conçu pour un public entendant, le Chant de Coton reçoit également des spectateurs sourds : "Après une représentation, reprend Nathalie Roche, une maman sourde qui va voir des pièces de théâtre m'a dit que pour la première fois elle a pu développer son imaginaire, tout en voyant sa fillette entendante participer, taper dans les mains. 'Quand je vais voir un spectacle pour sourds, on me traduit tout, on me dit ce que je dois penser, je ne pouvais pas développer mon imaginaire', m'a-t-elle expliqué. Et avec Caryn on n'avait pas pensé à ça, en fait on a abordé le théâtre pour les Sourds d'une autre manière, en laissant faire l'imagination, sans tout traduire, en travaillant sur la sensibilité pour faire ressentir une musique."
Toutes deux revendiquent une légitimité à travailler pour populariser la langue des signes : "Il y aura toujours à redire de deux femmes entendantes qui montent un spectacle autour de la langue des signes et de la surdité. Nous, on ne se veut pas porteuses d'un message, on veut simplement montrer que la langue des signes est une vraie langue, que derrière il y a un véritable univers. Et on veut rendre accessibles aux Sourds l'univers des entendants. Mais je crois qu'il faut aussi que les Sourds laissent entrer les entendants dans leur univers..."
Laurent Lejard, novembre 2011.
L'édition 2011 du festival européen théâtre et handicap Orphée se déroule du 4 au 18 novembre 2011 au théâtre Montansier, ainsi qu'à la Royale Factory, à Versailles.
Le réseau sourds et santé de Bourgogne, dont le siège est installé dans un petit appartement à Dijon, est animé par Aurélie Biondi, interprète en langue des signes. Frédéric Milesi, médecin généraliste signeur, Anne Chevalme, secrétaire bilingue, français-langue des signes. C’est Anne Chevalme qui réceptionne les appels qui arrivent au réseau. Les contacts se font soit par e-mail : accueil.sourds@rssb.fr soit par appel visio (OOVOO, Skype, MSN) ou encore par SMS au 06.66.75.04.93 . Anne prend le rendez-vous avec le professionnel de santé que le patient sourd souhaite rencontrer. Si le patient souhaite être accompagné par l’interprète à l’occasion de la consultation, elle contacte Aurélie Biondi, interprète, tenue au secret professionnel.
ÉCLAIRAGE PAR FLORENCE POLI - SANTÉ. LA CRÉATION DU RÉSEAU SOURDS ET SANTÉ BOURGOGNE PERMET AUX DÉFICIENTS AUDITIFS DE PRENDRE RENDEZ-VOUS CHEZ UN MÉDECIN ET D’Y ÊTRE ACCOMPAGNÉS D’UNE TRADUCTRICE EN LANGUE DES SIGNES.
En Bourgogne, les sourds peuvent enfin accéder à la santé
Comment prendre un rendez-vous chez un médecin ou lui exprimer ses besoins quand on est sourd ? La Bourgogne s’organise pour remédier à ces difficultés.
Accéder aux soins médicaux ? Pour y parvenir, il faut déjà réussir à prendre rendez-vous avec un médecin ! » Gérard Wetzel, père d’un enfant sourd, connaît bien les difficultés des personnes sourdes ou malentendantes à se faire soigner. Comparée aux autres régions, la Bourgogne est particulièrement mal lotie : pas de centre d’information de la surdité (17 en France), un seul médecin pratiquant la langue des signes (lire ci-contre) et seuls trois interprètes disponibles pour tous les services publics (justice, santé, logement, etc.). Insuffisant au regard des quelque 40 000 personnes atteintes de déficience auditive en Saône-et-Loire.
Face à ce constat, les associations et le docteur Milesi ont créé le Réseau sourds et santé Bourgogne. Le principe est simple : un site internet permet aux patients d’entrer en contact, via une caméra, avec une secrétaire médicale bilingue (langue des signes française). Elle se charge ensuite de contacter le médecin souhaité. Lors du rendez-vous, le patient est accompagné par une interprète en langue des signes.
Lancé en octobre en Côte-d’Or, le réseau a déjà enregistré 36 consultations en moins d’un mois. À Lille — seul réseau similaire existant en France, les autres étant implantés physiquement dans des hôpitaux – il emploie désormais 25 salariés. En Bourgogne, le financement du dispositif est assuré par l’Agence régionale de santé. Le budget est validé pour trois ans, à hauteur de 60 000 euros par an (deux postes de salariés et la création du site internet). Reste maintenant à assurer la « montée en charge. On sait que les besoins existent. On le constatera à mesure que l’information sera connue », estime Gérard Wetzel. Pour le moment, le réseau ne s’adresse qu’à la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or mais les acteurs espèrent l’étendre prochainement à la Nièvre et l’Yonne.
le 04/11/2011 à 05:00 par Par Florence Poli
http://www.lejsl.com