Sophie Vouzelaud, première dauphine de Miss France 2007, a inauguré hier matin une journée de sensibilisation aux handicaps, à l’espace Jean-Marie-Poirier de Sucy-en-Brie. Un acte réellement militant pour la jeune femme, qui est elle-même sourde-muette. « J’ai envie d’utiliser mon parcours pour montrer que la surdité est un combat de tous les jours, explique-t-elle en langage des signes.
Il faut notamment que les entreprises se mobilisent plus pour l’embauche de sourds-muets. »
À Médiatlantique, Valérie et Séverine sont les bonnes fées des après-midi ludiques. L'une intervenant auprès des primaires, l'autre se réservant l'accueil des tout-petits, elles proposent à l'année, en concertation avec leur directeur, Gérard Blanc, et en partenariat avec les professeurs des écoles et les assistantes maternelles, des animations pour apprendre en s'amusant.
Avant-hier, il s'agissait, avec la vingtaine d'enfants CP-CE1 de l'école du Trait-d'Union, de partir à la découverte de la langue des signes sur les thèmes réjouissants du goûter et de la récréation.
Ambiance cosy mais studieuse, mobilier adapté (Nicolas, l'instituteur, et Nanou, accompagnatrice, avaient eu aussi dû prendre place sur des sièges empruntés à « Petit Ours », du conte de « Boucle d'or »), florilège de livres à portée de menottes : toutes les conditions y sont réunies pour attraper le virus de la lecture.
La Barbe Bleue. La compagnie In-time présentait mercredi à la Cave à musique la Barbe Bleue, conte musical destiné aux enfants. Ce spectacle s’inspire de la version de Charles Perrault et de variantes tchadienne, indienne et israélienne. Une comédienne conte l’histoire en français pendant qu’une autre la traduit en langue des signes. Les malentendants ont pu ainsi profiter de ce beau travail de mise en scène. Une chanteuse-comédienne les accompagne, entourée d’une kyrielle de microphones branchés à divers effets qui lui permettent d’assurer l’illustration sonore : des bruitages réalisés à la voix complètent les interventions musicales
Le cinq vous propose une nouvelle séance de découverte de la Langue des Signes Française (LSF). Cette langue visuelle est utilisée par les sourds et certains malentendants pour traduire leur pensée. La LSF est une langue à part entière et un des piliers de l'identité de la culture sourde. Lors de cette initiation, Le Cinq propose de vous dresser un petit historique de cette langue, d'expliquer son fonctionnement et de vous enseigner quelques bases. L'atelier sera mené par Lisa qui maîtrise parfaitement le français oral et la langue des Signes. Mercredi 9 mars / 16h30 / 5 quai des Escoussières / Rabastens.
Une étude menée sur des Nicaraguayens sourds montre qu'il ne suffit pas, en tout cas, d'être en contact avec le système monétaire.
Pourquoi certains peuples, tels les Mundurucus d'Amazonie, n'ont-ils pas de représentation des nombres supérieurs à cinq ? Est-ce parce qu'ils n'ont pas de langage approprié ou parce que le contexte culturel n'est pas propice ? Pour répondre à cette question, des psychologues des Universités de Chicago et Harvard, aux États-Unis, ont étudié une population en contact avec notre système de numération, mais n'ayant pas de mots pour représenter les grands nombres : des Nicaraguayens sourds qui vivent dans une culture utilisant la numération (l'argent y circule), mais qui sont dépourvus d'une langue des signes articulée (ils communiquent à l'aide de gestes rudimentaires de leur invention). Les chercheurs américains ont ainsi montré que la pression culturelle ne suffit pas pour développer un système de comptage.
Ils ont observé que ces personnes ont des gestes pour échanger sur les nombres et reconnaissent la valeur relative des billets de banque. Toutefois, elles ne savent pas représenter des nombres supérieurs à trois, ni rassembler à tous les coups un nombre d'objets donné, quand ceux-ci sont plus de trois. En d'autres termes, il ne suffit pas d'être en contact avec le système d'échange monétaire pour développer une représentation des nombres en tant que suite croissante d'éléments. Il doit exister d'autres éléments déclencheurs, qui font passer d'une représentation approximative des nombres à un calcul exact.
Le fait que les Nicaraguayens sourds étudiés n'aient pas de signes pour dire les nombres supérieurs à trois est peut-être déterminant. Mais pour Pierre Pica, linguiste au CNRS et spécialiste de cette question chez les Mundurucus, cela soulève surtout une autre question : les Nicaraguayens sourds étudiés ont la faculté de développer un langage comportant une représentation des grands nombres (leurs compatriotes le font, notamment les sourds ayant appris une langue des signes conventionnelle). De même, les Mundurucus ont une faculté de langage. Pourquoi ces deux populations n'utilisent-elles pas toutes les ressource que met la faculté de langage à leur disposition ?
Les sourds ont aussi le droit d'apprécier un concert
Les sourds et malentendants ont aussi le droit d'apprécier les concerts, et surtout d'en comprendre les paroles. Alors que les fans de Lady Gaga, David Bowie, Bon Jovi, AC/DC ou Cee-Lo souffrant d'un mauvaise audition assistent régulièrement aux concerts de leurs artistes favoris, on trouve encore trop peu d'interprètes en langue des signes auxdits concerts, rapporte le Washington Post, qui souligne les difficultés rencontrées par les interprètes.
Afin d'enrichir l'expérience de la musique, de plus en plus d'interprètes se forment à l'adaptation en langue des signes des paroles de chansons pour intervenir lors des concerts, comme Traci Randolph ou Liz Leitch, toutes deux fans de Bon Jovi. L'année dernière, par exemple, plus de 1.100 interprètes se sont inscrits à l'examen théorique (suivi, s'il est réussi, de l'examen pratique), contre seulement 650 en 2006.
Randolph et Leitch s'entraînent ensemble et discutent de la manière d'interpréter telle ou telle strophe de la chanson. Il s'agit bien de traduction, le langage des signes n'employant pas les concepts habituels du langage oral. Comment traduire en effet «Love Game» de Lady Gaga, et à quel point est-ce métaphorique, voilà les questions que se posent les membres de l'agence d'interprétation («first chair interpreted productions») fondée en 2009, souvent inscrits aussi au registre des interprètes pour sourds (RID), l'organisation professionnelle qui régit les interprètes.
En plus d'apprécier l'ambiance générale, le côté social, les sourds et malentendants ressentent souvent des vibrations particulières du son, en dépit de leur handicap: «les vibrations que l'on peut capter sont géniales», écrit Ian Aranha, sourd depuis l'âge de 9 ans, repris dans le Seattle Times. «On peut en fait sentir la musique de meilleure manière que la plupart des "entendants"».
L'interprétation, la manière de «communiquer l'essence des paroles d'un artiste au delà des mots eux-mêmes», doit être fournie à la demande par les artistes ou leur équipe, qui contactent alors une des agences compétentes. Le prix pour un interprète: entre 300 et 400 dollars, précise le Seattle Times.
D'autres expériences ont été tentées, comme à Toronto avec l'«émoti-chaise», un fauteuil bardé de hauts parleurs et d'appareils capables de reproduire la vibration du son, calibrés pour «traduire la musique et les sons en mouvements». Le blog The Way bands do it rapporte ainsi qu'en 2009, lorsque ces fauteuils furent testés pour la première fois lors d'un concert «accessible aux sourds et malentendants», proposant l'«émoti-chaise» ainsi que des surtitres, des procédés de visualisation de la musique et des interprêtes en langue des signes, «il a semblé alors que les sourds étaient capables d'identifier les mêmes émotions qu'une personne entendante».
3 Questions Caroline Mitanne, fondatrice de GuideCaro.
Un service de téléphonie mobile pour les sourds à Lyon
> Comment est né votre projet de vente de services de téléphonie mobile aux personnes sourdes et malentendantes à Lyon ?
Je dirige GuideCaro, une société de services à destination des personnes sourdes et malentendantes. Ce centre relais téléphonique leur propose des services leur permettant de passer leurs appels via un vidéo opérateur en langue des signes française. Mes parents étaient sourds et j’ai toujours eu envie de créer ce type de service. J’ai rencontré l’opérateur Coriolis Télécom pour mettre en place un service de téléphonie mobile. Nous avons ouvert une boutique à Paris et aujourd’hui, nous ouvrons un point de vente à Lyon-Gerland.
> Quels sont les services spécifiques qui sont proposés ?
Il faut savoir que, tant pour la démarche d’achat que pour le service après-vente, il n’existe en téléphonie mobile aucun service complet adapté au monde des sourds et malentendants. L’abonnement à l’un des forfaits se fait en ligne sur www.guidecaromobile.com selon un processus simple et guidé, si besoin par un conseiller sourd disponible par webcam ou bien sûr dans notre point de vente à Lyon.
> Avez-vous recruté des conseillers ?
Oui, nous avons recruté une conseillère sourde pour la commercialisation de nos services à Lyon. D’autres personnes sourdes travaillent aussi pour le service clients. Nous avons déjà des projets dans la région Paca
À « Une souris verte », tout est pensé pour les bébés, coin allaitement, change-bébé... Mercredi, le magasin proposait aussi un cours de langues des signes pour une « communication non violente entre maman (ou papa) et bébé. »
LUCIE TANNEAU > lille@nordeclair.fr Helena, 15 mois, vient pour réviser. Pacôme, huit semaines, vient, lui, pour la première fois. « Il est petit, mais ça peut venir vite, dès 5 mois, pour les premières communications gestuelles » explique Sylveen, maman de cinq enfants qui assure la séance. Elle s'est mise à la langue des signes il y a deux ans. Elle s'ennuyait dans son travail, au ministère des Finances. Maintenant elle reçoit les contribuables sourds et muets. Et profite de son congé parental pour initier les parents aux signes, qui rendent leurs enfants « bilingues, au même titre que ceux dont les parents sont de deux nationalités différentes » commente-t-elle pour débuter la séance. Une pro du maternage 24h/24.
Bobo, tété, j'ai soif, j'ai faim
Après les présentations, ça commence entre deux tétés et un changement de couche, facilité par le coin installé par Céline Beghin dans le fond de sa boutique Une souris verte créée en 2009. Pour elle, « c'est important que les jeunes mamans sortent, mais elles n'ont pas toutes envie d'allaiter dans les bars. » C'est aussi pour ça qu'elle propose une fois par semaine une activité : shiatsu (préparation à l'accouchement), massages-bébé, portage en écharpe et langue des signes. Le samedi matin, « c'est petit déjeuner-poussettes (gratuit) autour de gâteaux, thé ou café comme un lieu d'échange entre les jeunes parents, » raconte la gérante, visiblement fière de permettre les sorties conviviales qui manquent à certains parents. Le cours reprend.
« Pas des sourds-muets »
Les deux pouces tournent l'un autour de l'autre, pour « bobo », la barbichette pour « tu es beau », les bras en croix c'est « un câlin. »
Sylveen explique que c'est important de toujours dire le mot « parce que nos enfants ne sont pas sourds ! » Ils intègrent alors les mots et les signes en même temps, à quelques jours d'intervalle. Clovis, 5 ans, l'un des fils de Sylveen répète, en signes, « je t'aime », « j'ai faim » dans le petit coin installé pour la séance, dans la boutique de produits naturels (couches lavables, huiles...). Elle souligne aussi que l'initiation à la langue des signes permet aux enfants un autre regard sur le handicap. Un jour, son fils, en visite à l'Atomium a offert spontanément des bonbons à des sourds-muets. Une anecdote qui donne envie de s'appliquer à retenir les signes utiles. Même si pour la nouvelle maman, « il va falloir réviser en rentrant ». Et les reproduire pour le papa aussi. w Une souris verte, 1 rue de la Piquerie, prix de la séance 15 E
Infos : http://www.une-souris-verte.fr
Publié le vendredi 04 mars 2011
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Pourquoi le projet de loi sur le dépistage précoce de la surdité soulève-t-il un tollé??
Les sourds ne sont pas des malades
Par Jean Dagron, docteur (*).
Le 30 novembre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une loi sur la généralisation du dépistage précoce des troubles de l’audition. L’objectif paraît louable. Surprise?: de nombreux députés s’abstiennent pendant que des milliers de personnes manifestent dans les grandes villes. Qui sont ces opposants??
Des sourds qui disent?: «?Nous ne sommes pas des malades.?» Avec cette loi, la surdité prend place à côté de la mucoviscidose ou de l’hypothyroïdie précoce. Cette idéologie envahissante influence déjà des députés qui parlent de la LSF (langue des signes française)?; langue de la République, comme d’un «?traitement?», d’un «?langage?» ou d’un «?outil de communication?». Quel est le statut de celui qui, au deuxième jour de la naissance, sera étiqueté comme un «?malade?»?? Une vie «?qui ne vaut d'être vécue?» que sous condition d’être soigné, implanté, «?sonorisé?»??
Des parents d’enfants sourds et des psychologues inquiets des effets délétères d’un dépistage aux premiers jours de vie dans la relation mère-enfant. Avec la technique employée, huit enfants sur dix repérés sont des faux «?positifs?». Cela va faire 1 à 2?% de parents inquiétés pour rien en France. La seule étude réalisée corrobore la majoration de l’anxiété.
Des médecins évoquant le coût exorbitant (18?millions d’euros annuels) pour connaître quelques semaines plus tôt la surdité de trois à quatre cents enfants en France (sans qu’aucune étude sérieuse sur les éventuels bienfaits d’un dépistage ultraprécoce n’existe). Ils proposent un dépistage au 4e, au 9e mois. Cette proposition est rejetée en raison de plus grandes difficultés à organiser un dépistage de tous les enfants. Les considérations techniques passent avant l’intérêt de l’enfant. C'est une des raisons pour lesquelles le Comité consultatif national d’éthique s’est prononcé contre ce dépistage néonatal. La présence de médecins aux côtés des sourds marque la division du corps médical sur la surdité. Dans l’état actuel de la diversité des opinions, personne ne peut prétendre parler seul au nom de la science et de la médecine.
Une telle précipitation à légiférer, contre l’avis de nombreuses personnes concernées et de toutes les associations de sourds, est étonnante.
Analyser l’accompagnement actuel des familles est le préalable. Il est le monopole des spécialistes du son. Les conséquences n’en sont pas minces. Un exemple?: la recommandation du CCNE de 1994 de l’apprentissage de la langue des signes au bénéfice de tout enfant implanté n’a jamais été débattue et encore moins organisée. L’implantation cochléaire coûte 40?000 euros par enfant. Tout est organisé et gratuit. Où a-t-on introduit la gratuité de l’accès à la LSF dès l’annonce de la surdité?? Des professionnels de la langue des signes compétents ont-ils une place institutionnelle?? Nulle part. La filière de soins actuelle induit que le dépistage néonatal débouchera automatiquement sur un rendez-vous pour une implantation cochléaire précoce. Le droit formel de l’enfant sourd à inscrire ses yeux et ses mains dans une modalité langagière signée doit devenir un droit réel. Sans la participation de ceux qui connaissent la vie sourde au quotidien (les professionnels sourds, les parents d’enfants sourds, les professionnels entendants bilingues…), une information «?neutre?» et plurielle n’a aucune existence. Des garanties législatives sur les modalités d’annonce, d’information et d’accompagnement élaborées après consensus de «?tous?» les acteurs seraient un progrès décisif dans le choix réel des parents et le droit des enfants sourds à ne pas continuer à être privés d’une des deux langues dont ils ont besoin.
L’association Amitiés africaines se mobilise pour venir en aide à l’école Vivenda de Kpalimé (Togo) qui accueille des enfants sourds.
Exposition photographique, apéritif dînatoire à midi et dîner en musique, étaient proposés ce week-end par l’association Amitiés africaines afin de faire connaître son action pour l’école Vivenda des enfants sourds de Kpalimé.
L’école, ouverte en 2003, par le pasteur togolais Etiko, ne reçoit aucune aide de l’État et l’instituteur spécialisé en langue des signes, Houssinou Komla, est sans salaire depuis 2004. Trente élèves y sont scolarisés. L’association a pris l’école en charge depuis trois ans. « Quand les enfants rentrent pour le repas de midi, ils sont envoyés aux travaux des champs et ne reviennent pas, explique le président Maurice Étienne. Ceux qui habitent loin ne peuvent pas venir tous les jours, faute d’hébergement. »
Une cantine et un internat
L’équipe dijonnaise se mobilise pour financer l’aménagement des locaux pour installer une cantine et un internat, et rémunérer l’enseignant et une cuisinière. « En nourrissant les enfants, il faut 350 € par semaine pour l’ensemble. Cela semble peu, mais il faut pouvoir l’assurer », déclare Corinne Martin, vice-présidente. L’association a mis en place un parrainage d’enfants pour que ceux-ci « sentent un soutien et soient motivés pour réussir leur scolarité et leur intégration professionnelle », conclut Maurice Étienne.
INFO Dons et parrainage au 06.26.35.64.11, sur www.amities-africaines.org ou par e-mail : contact@amities-africaines.org/.