Handicapés ou « valides » : tous travailleurs, et collègues
L'intégration des personnes en situation de handicap en milieu ordinaire est prônée par les politiques. Mais sa mise en oeuvre concrète n'a encore rien d'évident. Aussi le partenariat engagé depuis 15 ans entre la SicÔs de Caudry, et au Cateau, l'établissement de soins et d'aide par le travail (ESAT) Le Jardinet et l'entreprise adaptée Challenge, paraît-il exemplaire puisque encore rare. Jeudi, dans le cadre de la première « journée citoyenne » organisée par L'Oréal, on est allé encore plus loin dans l'échange entre personnes handicapées et « valides ». En inversant les rôles.
Nul besoin de mots. Pour se croiser régulièrement à la SicÔs, l'un aux commandes d'un chariot, l'autre du côté de l'unité de production des flux de sous-traitance, Ludo et Jean-Sébastien se connaissent bien. Aussi, Ludo, quoique sourd et muet, parvient-il aisément à expliquer à son collègue, comment découper et conditionner les plaques destinées à l'industrie automobile. Sa tâche au quotidien dans l'atelier de l'entreprise adaptée Challenge. Car ce matin, c'est au Cateau-Cambrésis et non à Caudry qu'ils travaillent ensemble.
La première « journée citoyenne » initiée par L'Oréal dans tous les sites du groupe, au mois de juin, a évidemment été déclinée à la SicÔs. Où les salariés, soulignait avec beaucoup de satisfaction Eleonora Airaldi, responsable communication, formation et diversité chez L'Oréal, ont très bien répondu à une proposition basée sur le volontariat : « Comme c'était la première fois, on avait un peu peur », mais au final, il a fallu tirer au sort la vingtaine de salariés qui se sont répartis entre l'ADAPT, à Cambrai, et au Cateau, l'ESAT Le Jardinet et l'entreprise adaptée Challenge.
L'après-midi, ils étaient invités à témoigner de leur expérience auprès de leurs collègues, alors que des assocations du Cambrésis et de la région étaient présentes à SicÔs.
Objectif pour la dizaine de salariés qui se sont déployés au Cateau : découvrir les postes de travail des salariés de l'ESAT et de Challenge, mais aussi s'essayer à leurs tâches, sous leur conduite. D'où l'initiation prodiguée à Jean-Sébastien par Ludovic, parmi des dizaines d'échanges similaires.
Ces quelques heures auront peut-être fait baisser la productivité de Ludo, qui découpe et conditionne depuis trois ans, quelque 700 pièces par jour...
Chiffre impressionnant qui a dû conforter, chez les salariés de SicÔs, la conviction de visiter deux véritables entreprises. « Un tel constat ne va pas de soi », précisait jeudi M. Rivière, directeur de Challenge, décrivant la montée en puissance des commandes de donneurs d'ordres progressivement convaincus de son efficacité : 2 000 rideaux conditionnés chaque jour, 200 par mois au démarrage... Même développement exponentiel pour l'atelier de conditionnement de l'ESAT. « Ça démarre toujours tout doucement avec les entreprises, décrit M. Rivière. On est dans un monde particulier ; ils pensent qu'on ne sera pas capable... On leur donne la démonstration qu'on l'est. Avec de la compétence ! » Le directeur des ressources humaines de SicÔs Olivier Chatillon n'a pas besoin d'être convaincu. L'usine a de longue date oeuvré en faveur de l'intégration de personnes en situation de handicap, notamment dans le cadre des prestations extérieures. Ludovic, pour ne citer que lui, y travaille avec un matériel adapté, et grâce à des consignes souvent données par affichage. Un investissement qui (r)apporte aussi à l'entreprise, explique le DRH : « C'est un partenariat, on s'apporte réciproquement. C'est une vraie ouverture, à tous niveaux. » Un partenariat à approfondir : « Il y a encore plein de choses ! » Jeudi, Audrey était venue « découvrir un autre milieu que celui qu'on côtoie tous les jours, et montrer aux gens qu'on les soutient ».
Elle s'est entre autre essayée au découpage de rideaux, guidée par Christelle qui avait mis quelques « chutes » de côté, et a suivi attentivement les progrès de son élève. « J'explique mon travail. Voir d'autres personnes qui s'intéresse à nous, c'est bien. » Et productif. •
lundi 27.06.2011, 05:08 - PAR HÉLÈNE HARBONNIER
http://www.lavoixdunord.fr
Un couple gay et sourd obtient un enfant par “FIV” sur une mère porteuse…
Le site de veille bioéthique BioEdge rapporte cette information du Times of India. Une clinique de Mumbai, la clinique Rotunda spécialisée dans la fourniture de bébés aux couples homosexuels, a permis à un couple gay, Alan et Brian, d’obtenir des jumeaux grâce à une fécondation in vitro sur une mère porteuse avec des ovules fournis par une autre femme indienne et fertilisés avec les spermatozoïdes d’Alan. Un garçon et une fille sont nés le 1er mai dernier. Vu les lois indiennes, le couple n’aura aucune difficulté à faire reconnaître la paternité de l’enfant et sa nationalité américaine : les deux hommes ont pu rentrer sans encombre chez eux aux Etats-Unis avec les enfants.
S’ils avaient eu du mal à obtenir des enfants à adopter chez aux – ils essayaient depuis six ans, sans succès – ils pensent que c’est parce qu’ils ne formaient pas une famille « normale ». Car en plus d’être homosexuels, les deux hommes sont sourds et muets. Ils sont même responsables d’une école qui enseigne le langage des signes.
Ils entendent élever les jumeaux en leur enseignant ce langage, tandis que l’apprentissage de la langue vocale sera fait avec un ordinateur.
A-t-on encore le droit de plaindre ces deux bébés, et de se demander si le monde n’est pas devenu complètement fou ?
Pour mémoire, Rotunda vait déjà « aidé » une juriste de 58 ans à avoir des jumeaux ; le site de la clinique contient un lien vers un article où celle-ci dit sa joie devant sa maternité. Il se garde bien d’y ajouter des liens vers les articles où la même Carole Hobson dit son épuisement et sa déception
Jeanne Smits , le 25 juin 2011
http://www.chretiente.info
La maison des sourds de Pau organise plusieurs activités gratuites pour son trentième anniversaire le 25 juin: une découverte en langue des signes et des animations seront proposées au parc Lawrence tout l'après-midi.
Du chant d'abord avec, à 14h, la chorale Babel (chorale mixte chant et langue des signes) dont le chef de choeur est Elisabeth Soulas. A 14h30, des chansons modernes seront traduites en langues des signes. Une petite mise en scène théâtrale, préparée par les élèves de l'ensemble scolaire Le Beau Rameau de Betharram, s'inscrira entre chaque chanson.
Puis le programme s'enchaînera de la façon suivante: 15h-15h30 démonstration Capoeira par Kevin Adiba. 15h30 magicien sourd (Valentin Tonizzo), 16h30-16h45 démonstration de danse marocaine par Talib Adiba. 17h Le sourire de Théo (raconté par Elsa Buvard et signé Aline Larrouy), 17h30 pot de l'amitié en l'honneur de Georges Girin, fondateur de l'association et président depuis 30 ans, à qui sera remis la médaille de la Ville.
Des jeux gratuits, animés par Julie Voukassovitch, de Jeux et Loisirs, seront proposés tout l'après-midi. L'espace Crédit Agricole présentera le projet accessibilité pour les personnes sourdes. Le public pourra découvrir les visio-guides en langue des signes de l'office de tourisme de Monein.
Cette journée se déroulera avec les précieuses collaborations de la Pépinière Bergerou et Radio Pau d'Ousse. Renseignements 09 75 51 74 69 ou 06 20 29 44 69 ou laetitia.leroy@maisondessourds.fr
Publié le 24 juin
http://www.larepubliquedespyrenees.fr
28 primaires découvrent la langue de signes - Pornic
La Villa Sainte-Anne située tout près de la Joselière, au 4, rue Terrien, reçoit régulièrement des sourds qui y effectuent des stages. Aujourd'hui les rôles sont inversés : ce sont des enfants bien entendant qui s'initient au langage des signes. En effet, durant une semaine 28 élèves de CE1 de l'école Louise-Michel à Nantes sont hébergés à la Villa Sainte-Anne, au cours d'une classe découverte, avec pour thème une familiarisation et une expérience avec le langage des sourds. Plusieurs ateliers y sont animés par Laëtitia Tual et Karine Bascougnano de l'association Tac (Tout Art et Culture) dont les objectifs sont la création et l'adaptation d'événements artistiques et culturels bilingues : français/langue des signes. Déjà, une familiarisation avait été donnée par la maîtresse de cette classe à raison d'une heure par semaine. Elle voulait faire connaître ce langage à ses élèves.
Pour la maîtresse « les difficultés sont les même que pour l'apprentissage de n'importe quelle langue, avec ses mots et sa grammaire particulière. On agit un peu comme au théâtre : on plante le décor, met en place les protagonistes et ensuite vient l'action. » Non seulement les mains mais aussi tout le corps participent à la communication et à sa compréhension : le visage, les expressions, les postures. L'humour, la poésie et même l'abstraction peuvent être exprimés comme pour toutes autres langues. « Les enfants sont très motivés et ont une capacité d'émerveillement que les adultes devraient parfois mieux travailler et suivre l'exemple des jeunes écoliers. Les progrès de mes élèves sont encourageants. Ils peuvent engager un dialogue très simple avec des sourds. Ils peuvent même exécuter une chanson ou une poésie signée. »
Le responsable de la Villa Sainte-Anne suggère que son établissement pourrait « peut-être devenir un havre d'accueil pour des classes découvertes pour le langage des signes ».
Le handicap s'invite au Quai Branly grâce à la Mutuelle Intégrance
Favoriser l'accès à la culture pour tous. Afin que ces belles paroles ne restent pas lettre morte, la Mutuelle Intégrance organise au musée du Quai Branly des visites de l'exposition Dogon jusqu'au 24 juillet. Des visites un peu particulières : elles sont en effet spécialement destinées aux personnes handicapées. Pour les personnes souffrant d'un déficit auditif, une vidéo d'introduction en LSF (Langue des signes françaises) et des boucles à induction magnétique sont proposées. Pour les malvoyants et non-voyants, ce sont des livrets en braille. Une visite est spécifiquement organisée pour eux le 16 juillet, tout comme pour les handicapés mentaux le 25 juin. Une possibilité pour toutes les personnes en situation de handicap de parcourir elles-aussi les dix siècles d'histoire des Dogons, peuple malien, à travers les 350 masques, peintures et statues de l'exposition. Raison de plus pour s'y rendre : l'entrée leur est offerte, ainsi qu'à leur accompagnant.
Limoux
Corry : recours et dépôts de plainte à l'étude
FERRAN
Nous allons rencontrer notre avocat afin d'étudier les poursuites possibles, soit au pénal, soit au civil", déclare Baudille Causse, en tant que président de la fédération nationale d'aide et de soutien aux personnes autistes (FEDASPA) : "Lundi, peu avant midi, quand les agents de l'ARS sont venus dans le domaine du Corry retirer les adultes autistes, primo : ils n'avaient pas d'ordre de mission ; secundo : nous n'avons pas vu l'autorisation écrite des tuteurs permettant le départ des adultes autistes dont ils ont la charge. Par ailleurs, trois tutrices de Beauvais et Marseille, n'ont pas été prévenues. Quand l'une d'elles a appris (mardi matin) que son fils Frédéric avait été retiré, elle est allée voir son avocat avec lequel elle a rédigé une lettre à l'ARS demandant à ce que son fils soit confié à l'association francilienne d'aide et de soutien aux personnes autistes (AFASPA), qui fait partie des associations membres de la FEDASPA".
Par ailleurs, "le foyer d'accueil médicalisé (FAM) de Ferran, situé dans les mêmes locaux que l'ancien lieu de vie 'Le Corry', a été créé le 12 juillet 2010 et il est géré par le groupement de coopération sociale et médico-sociale (GCSMS) qui, d'après ce que nous avons compris, a reçu la somme de 311 000 € pour le gérer... si c'est bien le GCSMS qui gérait ce FAM. Si c'est le cas, on portera plainte pour mise en danger de la vie d'autrui.
En effet, le GCSMS pouvait utiliser son forfait soins pour payer le personnel qui ne travaillait plus, vu qu'il ne touchait plus de... salaires ! Et en plus, l'ARS est venue retirer les adultes autistes en estimant que leur sécurité n'était plus respectée car il n'y avait plus de salariés ! Des salariés qui auraient pu être payés par le GCSMS".
Baudille Causse ajoute qu'"un second recours sera mis à l'étude car lundi, les adultes autistes n'ont pas été informés de l'endroit vers lequel on les emmenait. L'un d'eux est sourd-muet et il aurait fallu un traducteur".
De son côté, l'ARS rappelle dans un communiqué du lundi 20 juin qu'il était impossible de "laisser les résidents du Corry sans encadrement par des personnels qualifiés"... "C'est pourquoi l'ARS, en lien avec le préfet de l'Aude, a recherché les lieux d'accueil provisoires capables d'héberger les douze pensionnaires. Une solution temporaire a été trouvée pour neuf d'entre d'eux, tenant compte de leurs particularités et de leurs pathologies, avec un accompagnement permettant de garantir leur bien-être. Deux tuteurs ont indiqué vouloir reprendre sous leur responsabilité deux résidents. Un troisième étant absent du Corry, il n'a pu lui être signifié sa prise en charge provisoire dans un autre établissement. Elle lui sera proposée dès son retour".
Fête de la musique : c’est parti… en silence avec la chorale en langue des signes
La chorale de l'association Tac menée par Laetitia Tual a donné le « la » de la fête de la musique à Nantes, à 19 h, tout à l’heure et tout doucement. Et pour cause, sa chorale ne chante pas : elle signe ! Une bonne centaine de personnes ont assisté à ce joli moment, chorégraphié de surcroît, sur un fond musical relativement peu fort. Parmi le public, pas mal de malentendants ou de gens intéressés par cette proposition peu ordinaire. Habituellement installée sur les marches de l’opéra aux côtés des chœurs d’Angers Nantes Opéra, la chorale a pris son autonomie cette année en proposant le répertoire qui sera chanté tout à l’heure place Graslin, dans le jardin du muséum d’histoire naturelle.
Culture La Fête de la musique propose, ce soir, de découvrir des concerts parfois étonnants
«Il y a dix ans, quand je disais que je voulais traduire des spectacles en langue des signes, on m'a prise pour une tarée », lance Laëtitia Tual. Et pourtant, ce soir, à l'occasion de la fête de la musique, Laëtitia participe à l'étonnante chorale silencieuse, interprétée en Langue des signes française (LSF). C'est à 19 h dans le jardin du Muséum d'histoire naturelle.
Cette Nantaise de 30 ans traduit des concerts dans toute la France. Et son éclectisme l'amène du hip-hop aux spectacles pour enfants en passant par le chant lyrique. Développer l'offre culturelle pour les sourds, cruellement absente en France, c'est la mission de l'association Tout Art et Culture qu'elle a créé en août 2009 avec Karine Bascougnano, plutôt axée sur la traduction d'événements en lien avec les arts visuels. L'association compte une dizaine de membres et a déjà 24 projets à son actif : des traductions de conférences au musée des Beaux-arts, dans le cadre du festival Hip Opsession, mais aussi la sensibilisation et l'initiation à la LSF des organisateurs et bénévoles sur certains festivals.
De la fougue sur scène
Plus que traductrice, Laëtitia est, sur scène, une artiste à part entière. Elle traduit les paroles en LSF et la mélodie en dansant. Sa gestuelle élégante, son énergie débordante, ses grimaces espiègles et sourires rayonnants transportent les spectateurs sourds et malentendants dans l'univers de l'artiste.
« Elle ne fait pas que du sous-titrage, elle a une vraie approche artistique, souligne le MC Mossah du groupe Djazafaz, avec qui Laëtitia a déjà fait une vingtaine de concerts. Elle suit mon flot, la rythmique. C'est très groove. Sa présence dynamise le jeu de scène et renforce les textes. Ce qui rend les spectateurs plus attentifs aux paroles. Certains nous disent même qu'ils ont l'impression de voir deux MC sur scène! »
Caroline Bonnin
découverte et apprentissage
Laëtitia Tual a découvert la langue des signes. Elle n'avait pourtant aucun sourd dans ses connaissances. Elle apprend cette forme d'expression via des stages et des vidéos. Et c'est en 2007 qu'elle traduit son premier concert. Celui du groupe les Malpolis, à Toulouse.
Limoux Ferran : intervention surprise au Corry pour retirer les autistes
Non, je ne veux pas partir, je ne veux pas ! Je veux rester avec Baudille". Hier, à Ferran, l'ambiance était lourde d'émotion. De douleur contenue. Des larmes ont coulé. Lundi, peu avant midi, des agents appartenant à l'antenne carcassonaise de l'Agence régionale de santé (ARS) sont arrivés dans la ferme du Corry. Une voiture du Samu s'est également déplacée Jusqu'à sa fermeture le 1er janvier 2010, par arrêté préfectoral, le Corry (dont les résidents dépendent actuellement d'Autisme France) abritait un lieu de vie fondé en avril 1979 par Baudille Causse. Tout s'est arrêté hier.
La jeune fille autiste a continué de pleurer, perdue au milieu d'infirmiers, de fonctionnaires, de gendarmes, d'un pompier... Houdé, c'est son prénom, criait son dépit.
«L'ARS a débarqué sans nous prévenir et sans ordre de mission, a expliqué Baudille Causse, «Alors ils appellent les tuteurs pour obtenir leur accord afin d'emmener les résidents. Le motif de l'intervention? Soit disant qu'il n'y a pas assez de personnes pour encadrer les autistes. Mais si cinq employés refusent de venir travailler parce qu'ils ne sont plus payés (lire note ci-dessous), il reste quand même six personnes, dont les parents, pour s'occuper de six adultes autistes. Donc on respecte la loi. Alors, pourquoi enlever les enfants comme ça ?".
Hubert Arino, le maire du village, et à ce titre officier de police judiciaire, s'est dit lui aussi "surpris de ne pas avoir été averti, comme les parents. On prend des enfants comme ça?". Des enfants devenus adultes : Laura, 24 ans, au Corry depuis douze ans, a été transportée sur un brancard vers l'ambulance : elle était trop agitée, au point de se frapper. Laurent, 38 ans, sourd-muet, au Corry depuis 23 ans, n'a pas compris pourquoi il partait...
Les fonctionnaires de l'ARS, présents hier au Corry, n'ont pas souhaité s'exprimer. Leur direction régionale devait le faire hier soir par communiqué (lire ci-contre). "De toute façon, la pièce de théâtre 'A l'ouest du rêve' prévue le 26 juin à 14 h 30 l'Elysée, à Limoux, sera jouée avec notamment des acteurs autistes". Le texte, de B.Causse, aborde l'intolérance dont furent victimes les Indiens d'Amérique, les noirs, les juifs, les femmes... et les autistes.
Le centre Gabriel-Deshayes organisait hier une journée de fête adaptée aux personnes souffrant de surdité. La fête des mains invitait même Shakespeare à se faire entendre...
Ce samedi soir, ils jouent Shakespeare. Interpréter « Roméo et Juliette » ne les effraie pas. Un pari relevé par six sourds et cinq entendants qui utilisent couramment la langue des signes. Ils sont réunis sous la bannière d'une troupe de théâtre, Signes en scène.
Depuis janvier, la petite troupe s'est attelée, à raison d'une répétition par semaine, au projet d'interprétation de « Roméo et Juliette ». Une pièce mimo-gestuée. Tout un art. La fameuse pièce de Shakespeare n'a pas été choisie par hasard. Magali Jeannès, professeur au Centre Gabriel-Deshayes, sait de quoi elle parle et de quoi il retourne : elle enseigne dans la langue des signes aux enfants sourds ou atteints de troubles du langage. « Nous avions, au début, choisi de jouer West Side Story, explique la jeune femme. Mais c'est surtout l'interprétation d'une histoire d'amour universelle qui a convaincu les uns et les autres. Le choix de Roméo et Juliette s'est imposé. La complexité du projet résidait dans le résumé du texte originel. Nous devions être le plus concis possible, ne rien omettre tout en restant clair pour le public ».
Aucune narration, sauf dans le prologue. La pièce ne se joue que par geste éminemment parlants. On se prend au jeu de cette gestuelle corporelle, aux regards qui en disent parfois plus longs que les mots.
La musique des mains
Pendant que la troupe peaufine, en une ultime répétition, son « Roméo et Juliette », au foyer des sourds du centre Gabriel-Deshayes, il règne une atmosphère de fête. De nombreux stands ont été dressés tout l'après-midi pour égayer cette quatrième « Fête des mains » adaptée aux sourds et malentendants. Du sur-mesure. On y découvre aussi des ateliers d'écriture ou de communication usant des nouvelles technologies électroniques. Des rendez-vous ludiques aussi : entre deux animations sportives, un petit détour par l'atelier mime s'impose : ici, sans mot dire, sous la houlette de Michel Indel, formateur en langage des signes, on joue à deviner qui est qui. Qui pratique quoi, de quel pays parle-t'on, de quel animal s'agit-il... Ici, on s'amuse franchement en improvisant.
Pourtant, le langage des mains ne s'improvise pas. Pour les sourds et malentendants, c'est une partition de musique qui s'apprend et se partage. « La fête des mains que nous avons lancée en parallèle de la Fête de la musique, intervient Françoise Le Poher, (association des Sourds du Morbihan), est l'occasion de réunir quelque 200 personnes venues du grand Ouest sur un rendez-vous festif intergénérationnel. L'association regroupe aujourd'hui 106 personnes. C'est un moment fort, incontournable pour nous tous ».
Pierre WADOUX
dimanche 19 juin 2011
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