La langue des signes s'invite à la table des cafés linguistiques
A partir de mardi prochain, la langue des signes aura sa table à la brasserie Saint-Martial. «La richesse, c'est la différence», explique une des participantes.
"Nous voulons sortir la langue des signes du contexte handicap et la partager sous un jour culturel." C'est le but du projet sur lequel Evelyne Esnard travaille depuis un an et qui a fini par aboutir.
A partir de mardi prochain, grâce à elle, un nouveau drapeau prendra place sur une des tables de la brasserie Saint-Martial lors des sessions de cafés linguistiques: celui de la Langue des signes française. Dans cette langue, on désigne une personne par une caractéristique physique qui lui est propre. Pour les mains des sourds, Evelyne Esnard s'appelle «Sourire». C'est dire le rayonnement de cette femme qui a tout mis en oeuvre pour trouver un lieu où mêler sourds et entendants.
«J'espère que la création d'une table consacrée à la LSF permettra de sortir les sourds de leur communauté», affirme-t-elle, avant d'ajouter qu'elle n'est pas assez aguerrie pour transmettre la LSF à son tour dans le cadre des cafés linguistiques. Elle a donc réuni des personnes capables de faire partager cette langue et sa culture.
Parmi elles, Sylvie Bellanger, présidente d'Adapes 16 (Association d'aide aux parents d'enfants sourds en Charente), et Sophie Hervé, qui a étudié la LSF à l'université. «Ce n'est pas évident à Angoulême de rencontrer des sourds pour pratiquer cette langue et échanger. La création de la table LSF au café linguistique sera justement l'occasion de faire cela», explique cette dernière.
«Quand elles sont venues nous proposer l'idée, on ne s'est pas posé de questions. On a tout de suite compris que c'était ce qui nous manquait», raconte Matthieu Begaudeau, le responsable du service Europe Direct au CIJ qui organise les cafés linguistiques.
«On n'est pas des martiens !»
Depuis un an, ce concept permet à tous ceux qui le souhaitent, au rythme d'une fois par mois, de venir à la brasserie Saint-Martial à l'heure de l'apéro et de naviguer de table en table pour échanger dans une langue étrangère et de partager des cultures différentes. «Quand on a commencé, il y avait dix personnes tout au plus. A la dernière session, on était plus de 80 !», se réjouit Matthieu Begaudeau.
«La langue des signes est une langue à part entière, au même titre que l'allemand ou l'italien. Il y a des caractéristiques internationales, voire même régionales. Les sourds signent avec plus de volubilité dans les pays méditerranéens que dans les pays anglo-saxons, par exemple», raconte Sylvie Bellanger.
Sa fille, Charlotte Bellanger, est elle-même sourde et interviendra parfois aux cafés linguistiques pour accueillir les curieux: «On n'est pas des martiens ! s'insurge-t-elle. Il y a déjà quelques lieux de rencontre comme celui-ci, mais ils sont surtout à Paris. On n'a plus envie de se cacher. Je déteste l'expression ''monde des sourds'': je ne vis pas dans un monde à part !»
Avec l'arrivée de la LSF, ainsi que du grec et du russe, il y aura en tout neuf langues et cultures à découvrir lors des séances cette année.
Tout le monde - sourds, entendants, charentais de toutes les nationalités - est invité à participer dès mardi prochain. «La richesse, c'est la différence !», rappelle Sylvie Bellanger.
Cafés linguistiques, une fois par mois, de 18h à 20h, à la brasserie Le Saint-Martial, à Angoulême. Prochaines sessions: le 18 janvier, le 15 février et le 15 mars.
http://www.charentelibre.fr
2011/01/18 11:15
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