Les Sourds de La Réunion
À quand des états généraux pour la situation des sourds de La Réunion ?
En juillet 2007, les sourds de La Réunion faisaient entendre leur colère, en raison du peu de cas que l’on prêtait à leur situation. Il faut dire que le monde du silence oblige quelques adaptations dans nos infrastructures. Et si une chaîne de télévision locale accorde une place raisonnable à ses téléspectateurs malentendants, comment la société réunionnaise a-t-elle installé la rencontre, de l’entendant au malentendant ?
LA rencontre réunionnaise entre communautés, sourde et entendante, sont quasi inexistante. « Toujours, c’est l’incompréhension. Et heureusement que je lis bien sur les lèvres. Mais si je comprends, j’ai du mal à me faire comprendre. J’ai toujours du papier et un stylo pour écrire la phrase qui rendra tout clair ce que je dis. Malheureusement, les entendants ne veulent pas apprendre à signer (ndlr : parler avec les mains) », me faisait part une malentendante tamponnaise.
Etre sourd, c’est quoi ? Etre coupé de la parole ? Non, ils communiquent. Coupé du monde alors ? Bien des sourds sont connectés via Internet et la webcam, et se retrouvent dans les associations défendant la cause des sourds. Certains ne manqueront pas de dire que les sourds français, et donc réunionnais, peuvent se rapprocher d’établissements spécialisés dans la prise en charge des malentendants, enseignant la Langue des signes français (LSF), et préparant à la vie active. Il faut croire qu’il reste beaucoup à faire, pour que les sourds de notre île puissent profiter de l’égalité des chances, comme tout citoyen français. « L’éducation, l’accès à la santé, au logement, au travail, à la sécurité », ce sont de nobles revendications.
Est-ce que nous “voyons” l’appel des sourds de La Réunion ? Les chiffres n’ont sûrement pas changé depuis l’année dernière, surtout au vu de la frileuse prise en conscience de la situation déplorable dans laquelle se trouve la communauté sourde réunionnaise, touchée à 60% par le chômage. Plus de 50% d’entre eux sont sous-qualifiés, en raison du manque de prise en charge en termes de professionnalisation. Est-ce de la responsabilité de l’Education nationale ? De la DRASS alors ? Appréhende-t-on l’enseignement professionnel pour les sourds ? Comment est pensée la politique d’insertion professionnelle pour les travailleurs handicapés ? Qui en a la plus flagrante responsabilité.
La surdité est un handicap, c’est un fait. Quelles réponses l’Etat et les collectivités territoriales peuvent-ils apporter à la légitime demande de la communauté sourde de La Réunion, qui souhaite une prise en compte effective et réaliste de leur handicap ?
Lutte contre l’illettrisme, bataille pour la professionnalisation
Le défi, c’est de gagner la bataille de l’illettrisme à La Réunion. Si le taux d’illettrisme tient des proportions records d’une manière générale à La Réunion, il atteint le 90% au sein de la communauté sourde réunionnaise. Cela tient du défi d’inverser la tendance. En décembre dernier, dans nos pages, Thomas Kappler, compagnon d’une sourde, professeure de LSF à La Ressource, informait des nombreuses incohérences au sein de ce que l’on croyait pourtant une Institution en matière de LSF. Les animateurs ne seraient pas formés, et connaissent peu le LSF. C’est à peine croyable.
Comment font-ils donc pour enseigner ? Thomas Kappler parle même d’enfants traumatisés pour un enseignement inadapté. Si cela est avéré, que font les autorités compétentes ? Sans vouloir faire de basses déductions, on pourrait demander pourquoi les sourds de La Réunion sont autant victimes de l’illettrisme, et est-ce suffisant de seulement pointer du doigt une institution ?
En juillet 2007, un collectif de sourds de La Réunion affichait à La Réunion entière son mécontentement, le Conseil régional n’avait pas soutenu une formation spécialement adaptée à leur handicap. Depuis, silence... Sait-on si les sourds travaillent maintenant, s’ils ne sont pas pendus à leurs “pensions” ?
Pour l’insertion des handicapés
À quand des états généraux sur la situation des sourds à La Réunion ? Réunir tous les partenaires, avec en première place les associations de sourds et malentendants ? À quand une grande table-ronde autour de la question de l’insertion des malentendants ? Allez, disons même, à quand des états généraux sur l’insertion des handicapés à La Réunion ? Si la communauté sourde connaît de lourdes difficultés, que dire de la situation de tous ceux qui portent un handicap, et leurs familles aussi ?
Samedi dernier, une rencontre à la Préfecture de Saint-Denis devait se jouer, mais les intempéries dues à Hondo ont incité les organisateurs à annuler leur action. Espérons que le Préfet invitera au plus vite ces citoyens à exprimer leurs doléances. Peut-être que le représentant de l’Etat aura des propositions à faire. Peut-être que les collectivités territoriales, et les services de l’Etat, d’une main commune, agiront pour valoriser des hommes et des femmes désireux de contribuer au devenir de notre île, en travaillant !
Et puis, peut-être que les Réunionnais en général se montreront solidaires ? « Toute famille peut un jour vivre avec un sourd. Etre sourd, c’est un handicap, mais ce n’est pas être comme un fou qui ne comprend rien », me dit-on fermement. Je l’avais compris. Peut-être alors que notre regard sur la communauté des sourds changera un jour !
Bbj
http://www.temoignages.re
2008/02/25 10:16
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